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Je n'arrive plus à aller travailler : quand le travail devient source de souffrance

Photo du rédacteur: Mélanie Dauron
Mélanie Dauron
10 oct.
4 min de lecture

Il arrive que se rendre au travail devienne de plus en plus difficile. Le dimanche soir, l'angoisse monte à l'idée de reprendre la semaine. Le matin, il faut parfois trouver l'énergie de partir, alors même que l'on se sent déjà épuisé.


Certaines personnes évoquent une fatigue persistante, des troubles du sommeil, une irritabilité inhabituelle ou encore des difficultés à se concentrer. D'autres parlent surtout d'une perte d'envie, d'un sentiment de découragement ou de ne plus se reconnaître dans leur travail.


Ces difficultés peuvent s'installer progressivement, parfois sans que l'on comprenne vraiment ce qui a changé.

Et bien souvent, une question revient : « Pourquoi je n'y arrive plus, alors qu'avant tout allait bien ? »


Quand le travail ne peut plus être fait comme on le souhaiterait


On associe souvent la souffrance au travail à une surcharge, à des tensions relationnelles ou à un environnement professionnel difficile.


Mais elle peut aussi apparaître lorsque l'on ne parvient plus à faire son travail comme on estime devoir le faire.

C'est par exemple le cas lorsqu'un professionnel doit constamment travailler dans l'urgence, renoncer à certaines tâches qu'il juge essentielles, ou prendre des décisions qui ne correspondent plus à ses valeurs professionnelles.


Il peut alors avoir le sentiment de ne plus faire correctement son métier, malgré tous les efforts qu'il fournit.


Le psychologue du travail Yves Clot s'est particulièrement intéressé à cette question du travail empêché. Dans son ouvrage Le travail à cœur (2010), il montre notamment combien l'impossibilité de discuter et de défendre les critères d'un travail de qualité peut devenir une source de souffrance.


Autrement dit, ce qui fait souffrir n'est pas toujours uniquement ce que l'on fait, mais aussi ce que l'on ne peut plus faire, alors même que cela compte pour nous.


Pourquoi continue-t-on malgré la souffrance ?


Il n'est pas rare de continuer à travailler pendant des semaines, voire des mois, alors que les premiers signes de difficulté sont déjà présents.


Par sens des responsabilités, par attachement à son métier, pour ne pas laisser tomber ses collègues, ou simplement parce qu'il semble difficile d'envisager une autre possibilité.


On essaie alors de tenir, de s'adapter, de faire davantage d'efforts. On peut aussi finir par considérer que le problème vient de soi : ne pas être suffisamment organisé, efficace ou résistant.


Les travaux de Christophe Dejours, notamment dans Travail, usure mentale (1980), permettent de mieux comprendre ces mécanismes. En psychodynamique du travail, il s'intéresse aux stratégies de défense que les personnes peuvent développer, individuellement ou collectivement, pour faire face à la souffrance rencontrée dans leur activité professionnelle.


Ces stratégies peuvent permettre de continuer à travailler malgré les difficultés, sans pour autant supprimer ce qui les provoque.


C'est pourquoi une personne peut parfois prendre conscience assez tardivement de l'importance de son épuisement.


Comprendre ce qui se joue plutôt que chercher à tenir davantage


Lorsqu'une personne ne parvient plus à aller travailler, les réponses de son entourage sont parfois bien intentionnées : prendre du recul, apprendre à lâcher prise, mieux gérer son stress ou essayer de moins s'investir.


Ces conseils peuvent avoir leur utilité dans certaines situations, mais ils ne suffisent pas toujours.

Car la souffrance au travail ne relève pas nécessairement d'une difficulté individuelle à gérer ses émotions ou à s'adapter.


Elle peut aussi être liée à l'organisation du travail, à des objectifs contradictoires, à un manque de moyens, à des conflits de valeurs ou encore à la dégradation des relations professionnelles.


Dans l'approche développée par Yves Clot, la santé au travail est notamment liée à la possibilité de développer son pouvoir d'agir sur son activité.


Il ne s'agit donc pas uniquement d'apprendre à supporter une situation difficile, mais aussi de comprendre ce qui empêche la personne d'exercer son métier dans des conditions satisfaisantes.


Quel accompagnement peut proposer un psychologue du travail ?


En consultation, mon travail consiste d'abord à offrir un espace dans lequel la personne peut prendre le temps de revenir sur ce qu'elle vit professionnellement.


Nous cherchons ensemble à comprendre comment les difficultés se sont installées, ce qui a changé dans son travail, ce qui est devenu difficile, mais aussi ce qui reste important pour elle.


Cela peut notamment passer par l'exploration de situations concrètes : une journée de travail, un conflit, une décision difficile à prendre, une tâche que l'on ne parvient plus à réaliser comme auparavant.


L'objectif n'est pas de rechercher systématiquement des solutions immédiates, ni de considérer que la personne doit nécessairement quitter son emploi.


Il s'agit d'abord de mieux comprendre sa situation, de mettre des mots sur ce qu'elle traverse et d'identifier progressivement les possibilités qui s'offrent à elle.


Parfois, cet accompagnement permet de retrouver des marges de manœuvre dans son activité.


Dans d'autres situations, il aide à réfléchir à une reprise du travail, à une évolution professionnelle ou à la nécessité de se protéger d'un environnement devenu trop difficile.


Il n'est pas nécessaire d'attendre de ne plus pouvoir travailler pour consulter


La souffrance au travail ne se manifeste pas toujours de manière spectaculaire. Elle peut prendre la forme d'une fatigue qui ne passe plus, d'une appréhension quotidienne, d'une perte de confiance ou simplement du sentiment que quelque chose ne va plus.


Ces signes méritent d'être entendus, sans attendre nécessairement que la situation se dégrade davantage.


Lorsque les difficultés ont des répercussions importantes sur la santé, une consultation médicale est également indiquée.

Comprendre ce qui nous fait souffrir dans notre travail, c'est aussi commencer à retrouver une possibilité d'agir sur la situation.

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